En ce qui concerne la place politique de la parole, de nombreux auteurs ont mis en opposition, dans les basses terres d’Amérique du Sud, deux modes ou genres discursifs : les « discours de chef » – lorsqu’un dirigeant ou simplement un aîné prononce un discours sur un ton de « conseil » – et les « conversations de chefs » (ou dialogues cérémoniels), qui se déroulent dans le cadre d’événements intercommunautaires, à caractère festif et diplomatique. D’un côté, un chef communautaire s’adressant à ses suiveurs, ce qui se déroule dans un contexte d’asymétrie ; de l’autre, une rencontre diplomatique entre chefs, qui se déroule sous le signe de la symétrie ou de la symétrisation. (On sait que ces événements dépassent les limites du linguistique pour s’étendre au domaine de la voix et du geste. On sait également que la « parole » en question ne peut être envisagée en dehors d’une métaphysique qui contredit la séparation entre le langage et le monde.) Je compte revisiter ce contraste à la lumière de la question suivante : de quelle manière ces modes discursifs contribuent-ils à une politique de la multiplicité, c’est-à-dire à une manière de produire des alliances et des collectifs opposés à la centralisation et à la coercition ? Et encore : comment ces modes s’actualisent-ils – se transforment-ils de manière créative – lorsqu’on passe à un scénario de négociations avec les politiques publiques et avec l’État non-autochtone ? Pour ce faire, je m’appuierai sur différentes théories ethnographiques proposées au cours des dernières décennies par l’ethnologie américaniste, qui inclut de plus en plus d’auteurs autochtones.
Le séminaire de l’EREA (Enseignement et recherche en ethnologie amérindienne) est un espace de discussion, ouvert à tout public, flexible et modulable, qui a pour vocation de stimuler les échanges entre la formation américaniste du département d’anthropologie de l’université Paris Nanterre et les chercheurs du Centre ainsi que des invités extérieurs. Tout en étant un foyer de réflexion sur les recherches américanistes en cours, il sert également de plate-forme pour la divulgation des travaux des doctorants, post-doctorants et chercheurs associés.
Sous forme de présentations individuelles, de cycles thématiques ou de demi-journées d’étude, il apporte ainsi un espace de recherche complémentaire aux réunions du Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) et au Groupe d’enseignement et de recherche sur les Mayas et la Mésoamérique (GERM).
Certaines séances sont disponibles en replay sur la chaîne Erea de Canal U.
Organisation : Philippe Erikson, Romain Denimal Labeguerie et Vincent Hirtzel
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