Discutant : Oscar Calavia Saez (EPHE, GSRL)
Que nous disent les Guarani et comment ceci nous aide-t-il à réfléchir sur nous-mêmes et sur l’anthropologie ? Cette double question sera abordée à partir d’une revisite ethnographique des Mbya-Guarani du Paraguay. Dans un premier temps, nous reviendrons sur les migrations guarani et le mythe de la Terre sans Mal, interprétées par deux écoles. De l’une, centrée sur les aspects symboliques considérés comme purement autochtones, relèvent Pierre Clastres et León Cadogan ; le premier ayant, comme nous le verrons, épuré les textes guarani de toute référence chrétienne ou coloniale, tandis que le second, pour affirmer la pureté des textes qu’il a publiés, a avancé que les Mbya-Guarani auraient toujours fui le monde colonial, ce qui serait à nuancer. L’autre école s’est pour sa part montrée plus attentive aux dynamiques historiques et coloniales. L’examen du caractère polyphonique des discours contemporains permet cependant de dépasser ce clivage. Un second temps sera consacré aux catégories et discours mobilisés par les Mbya-Guarani rencontrés sur le terrain, en particulier aux discours animistes auxquels ils recourent pour se défendre : c’est la même différence qui les distinguerait aussi bien des non-humains que des non-autochtones, ces derniers étant invités à la respecter. Ces discours animistes ont ainsi aussi une dimension politique. Les Mbya-Guarani s’efforcent de construire une frontière face aux non-autochtones et, comme le disait Clastres, ils maîtrisent une riche pensée et nous l’opposent. C’est en effet dans le regard qu’ils dressent contre les non-autochtones que nous sommes obligés de voir notre reflet. Par là même, cette pensée nous invite à réfléchir sur l’histoire de l’anthropologie et sa pratique contemporaine.
Cliché Joaquín Ruiz Zubizarreta
Le Séminaire d’anthropologie américaniste (SAA) propose une réflexion sur les débats contemporains de l’anthropologie américaniste, en croisant les perspectives de l’histoire, de la politique, de la linguistique ou de l’ethnomusicologie. Alternant des aires géographiques et des contextes culturels diversifiés, il ouvre un espace de discussion entre enseignants-chercheurs, chercheurs et étudiants autour de recherches en cours. Sont ainsi exposées dans ce séminaire des thématiques variées touchant au rituel, à l’organisation sociale, aux changements sociaux et religieux, aux politiques publiques, aux processus de transformation des sociétés et de construction des savoirs.
Ce séminaire est organisé par :
Coordinateurs : Anath Ariel de Vidas (CNRS, CERMA-Mondes américains), Isabelle Daillant (CNRS, EREA-LESC), Andrea Luz Gutierrez Choquevilca (EPHE, LAS)
Il a lieu le troisième vendredi du mois de 10h à 12h à la Maison Suger – 16-18, rue Suger – 75006 Paris
Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
Cliché : © Anath Ariel de Vidas 1986