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CATEGORIES:Séminaire du CREM
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SUMMARY:B. Lortat-Jacob — Mémoire d’Oach: Avatars d’une recherche en Roumanie
LOCATION:Lesc – salle 308F (3e étage) - 21\, allée de l’Université\, Nanterre\, \, 9
 2000\, France
DESCRIPTION:<p><img src="images/vstoichita/Seminaire_BLJ-2023.jpg" width="350" height="
 263" alt="Seminaire BLJ 2023" style="margin-right: 10px; margin-bottom: 10p
 x; float: left;" />Avec <strong>Bernard Lortat-Jacob</strong>*</p><p>Tel es
 t le titre du livre qui a été conçu cette année (2023) par BLJ et dont l’id
 ée m’a été soufflée par Aurore Monod-Becquelin pour la collection «&nbsp;Tr
 uchements, traducteurs, informateurs&nbsp;:&nbsp;une anthropologie des inte
 rprètes&nbsp;» qu'elle dirige à la Société d'ethnologie.</p><p>Truchement&n
 bsp;: le mot n’est pas si courant. <em>D</em><em>rugement </em>en arabe ou 
 en turc&nbsp;est l’interprète officiel&nbsp;: celui qui permet le passage d
 ’une langue à l’autre, afin que ce qui se dit ou s’écrit dans d’une langue 
 puisse être compris dans une autre. Le double sens existe donc dès l’origin
 e du mot&nbsp;: du côté du texte et du côté de ceux qui prennent la respons
 abilité de le traduire.</p><p>Le mot ne peut que fasciner, car&nbsp;:</p><p
 >1) l’ethnomusicologue a la charge de «&nbsp;traduire&nbsp;» son objet d’ét
 ude en texte, en écriture, en notes, sur portée musicale, etc. Il y a là un
  réel problème.</p><p><em>À ce propos, on peut se poser la question&nbsp;: 
 pourquoi des mots pour la musique, et quels mots surtout&nbsp;? L’oreille n
 ’a-t-elle donc aucun pouvoir de «&nbsp;certification&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;;&n
 bsp;</em><em>Jeanne d’Arc, pourtant, n’aurait-elle pas fait toute sa carriè
 re en entendant de simples voix.</em></p><p>2) Les «&nbsp;intermédiaires&nb
 sp;» (informateurs avec leur point de vue, leur analyse) pèsent de leur inf
 luence dans nos écrits, même s’ils sont souvent reléguée au second plan lor
 sque la recherche devient un livre.</p><p>°°°</p><p>Ma démarche réexamine e
 n détail les enquêtes et les acquis d’un gros ouvrage sur la musique du Pay
 s de l’Oach publié il y a plus de 20 ans (<em>À tue-tête,</em> Collection «
 &nbsp;Hommes et Musiques, Société d’ethnologie, Nanterre, 2002). Elle est s
 ingulière en ce que j’ai perdu deux de mes truchements essentiels, co-auteu
 rs du livre, à la fois grands amis et excellents connaisseurs de cette musi
 que&nbsp;: Jacques Bouët (2018) et Speranta Radulescu (2022) avec qui, à lo
 ngueur d’années, j’échangeais sur cette musique. Le livre parle donc de deu
 il, de ces truchements disparus&nbsp;: avec leur mort, je pensais que, de l
 ’Oach, je ne pourrais plus parler. Mais l’histoire m’a donné tort car au mo
 ment précis où disparaissaient mes amis, deux nouveaux truchements se sont 
 invités, montrant à leur tour de riches qualités musicales et humaines.</p>
 <p>– Le premier est Vasile Gherman, un exceellent musicien professionnel (v
 ioloniste, ou plutôt <em>ceteras</em>) de l’Oach que j’ai connu brièvement 
 sur place au début des années 90, alors qu’il avait 20 ans, et avant qu’il 
 n’émigre en France pour finalement devenir patron d’une grosse entreprise d
 e bâtiment dans le neuf-trois. De façon inattendue, il m’a contacté le jour
  du décès de Jacques (je dus lui apprendre sa mort&nbsp;!).</p><p>– Le seco
 nd est un homme encore très jeune, Théo Zimmermann. Lui est Français (mais&
 nbsp;<em>cetera</em>s lui aussi) passionné par la musique de l’Oach où il e
 ntretient d’intenses contacts et d’incessants projets. Or – hasard ou desti
 n&nbsp;? – Speranta&nbsp;, déjà très malade, me l’avait très chaleureusemen
 t recommandé. Le relais fut donc pris.</p><p>Alors, en 2022-2023, j’ai pour
 suivi ma formation d’ethnomusicologue avec mes nouveaux truchements, mobili
 sant à nouveau mon oreille et ma mémoire et multipliant de nouvelles méthod
 es d’approche. Il s’est agi, pour moi (et pour la science bien sûr&nbsp;!) 
 de mieux comprendre une musique qui, <em>by the way</em>, avait pas mal int
 rigué Bela Bartók en son temps.</p><p>Ce séminaire a donc une tonalité opti
 miste car, contrairement aux prévisions, au demeurant assez récurrentes che
 z les ethnomusicologues, la musique de l’Oach n’est pas morte. Mais, librem
 ent écrit, il est aussi épistémologique puisqu’il remet en question les mét
 hodes et certains résultats acquis que l’on croyait solides. Tout cela pour
  arriver une fois encore à la question&nbsp;: comment entendre une musique&
 nbsp;?&nbsp;et que dire sur elle de pas trop stupide si l’on veut continuer
  à tenir notre place dans le champ des sciences humaines&nbsp;?</p><p>***</
 p><p>Bernard Lortat-Jacob a été directeur de recherche au&nbsp;CNRS&nbsp;et
  responsable du Laboratoire d’ethnomusicologie du&nbsp;Musée de l’Homme&nbs
 p;de&nbsp;Paris. Durant une quarantaine d’années, il s’est consacré à l'étu
 de de musiques essentiellement rurales de la Méditerranée, à leurs champs d
 e signification, à leur ancrage social et aux règles qui les gouvernent, re
 levant de la stricte oralité.&nbsp;Durant plus de vingt ans (1987-2008), il
  a été responsable du doctorat d’ethnomusicologie à l’Université de Paris X
 -Nanterre-La Défense où il a ouvert sa discipline à des domaines corollaire
 s (acoustique, linguistique et psychologie cognitive). Sur ces bases théori
 ques, Bernard Lortat-Jacob a coordonné de nombreuses publications couvrant 
 des problématiques d’anthropologie et de musicologie générale</p>
X-ALT-DESC;FMTTYPE=text/html:<p><img src="https://mail.lesc-cnrs.fr/images/vstoichita/Seminaire_BLJ-2023
 .jpg" width="350" height="263" alt="Seminaire BLJ 2023" style="margin-right
 : 10px; margin-bottom: 10px; float: left;" />Avec <strong>Bernard Lortat-Ja
 cob</strong>*</p><p>Tel est le titre du livre qui a été conçu cette année (
 2023) par BLJ et dont l’idée m’a été soufflée par Aurore Monod-Becquelin po
 ur la collection «&nbsp;Truchements, traducteurs, informateurs&nbsp;:&nbsp;
 une anthropologie des interprètes&nbsp;» qu'elle dirige à la Société d'ethn
 ologie.</p><p>Truchement&nbsp;: le mot n’est pas si courant. <em>D</em><em>
 rugement </em>en arabe ou en turc&nbsp;est l’interprète officiel&nbsp;: cel
 ui qui permet le passage d’une langue à l’autre, afin que ce qui se dit ou 
 s’écrit dans d’une langue puisse être compris dans une autre. Le double sen
 s existe donc dès l’origine du mot&nbsp;: du côté du texte et du côté de ce
 ux qui prennent la responsabilité de le traduire.</p><p>Le mot ne peut que 
 fasciner, car&nbsp;:</p><p>1) l’ethnomusicologue a la charge de «&nbsp;trad
 uire&nbsp;» son objet d’étude en texte, en écriture, en notes, sur portée m
 usicale, etc. Il y a là un réel problème.</p><p><em>À ce propos, on peut se
  poser la question&nbsp;: pourquoi des mots pour la musique, et quels mots 
 surtout&nbsp;? L’oreille n’a-t-elle donc aucun pouvoir de «&nbsp;certificat
 ion&nbsp;?&nbsp;»&nbsp;;&nbsp;</em><em>Jeanne d’Arc, pourtant, n’aurait-ell
 e pas fait toute sa carrière en entendant de simples voix.</em></p><p>2) Le
 s «&nbsp;intermédiaires&nbsp;» (informateurs avec leur point de vue, leur a
 nalyse) pèsent de leur influence dans nos écrits, même s’ils sont souvent r
 eléguée au second plan lorsque la recherche devient un livre.</p><p>°°°</p>
 <p>Ma démarche réexamine en détail les enquêtes et les acquis d’un gros ouv
 rage sur la musique du Pays de l’Oach publié il y a plus de 20 ans (<em>À t
 ue-tête,</em> Collection «&nbsp;Hommes et Musiques, Société d’ethnologie, N
 anterre, 2002). Elle est singulière en ce que j’ai perdu deux de mes truche
 ments essentiels, co-auteurs du livre, à la fois grands amis et excellents 
 connaisseurs de cette musique&nbsp;: Jacques Bouët (2018) et Speranta Radul
 escu (2022) avec qui, à longueur d’années, j’échangeais sur cette musique. 
 Le livre parle donc de deuil, de ces truchements disparus&nbsp;: avec leur 
 mort, je pensais que, de l’Oach, je ne pourrais plus parler. Mais l’histoir
 e m’a donné tort car au moment précis où disparaissaient mes amis, deux nou
 veaux truchements se sont invités, montrant à leur tour de riches qualités 
 musicales et humaines.</p><p>– Le premier est Vasile Gherman, un exceellent
  musicien professionnel (violoniste, ou plutôt <em>ceteras</em>) de l’Oach 
 que j’ai connu brièvement sur place au début des années 90, alors qu’il ava
 it 20 ans, et avant qu’il n’émigre en France pour finalement devenir patron
  d’une grosse entreprise de bâtiment dans le neuf-trois. De façon inattendu
 e, il m’a contacté le jour du décès de Jacques (je dus lui apprendre sa mor
 t&nbsp;!).</p><p>– Le second est un homme encore très jeune, Théo Zimmerman
 n. Lui est Français (mais&nbsp;<em>cetera</em>s lui aussi) passionné par la
  musique de l’Oach où il entretient d’intenses contacts et d’incessants pro
 jets. Or – hasard ou destin&nbsp;? – Speranta&nbsp;, déjà très malade, me l
 ’avait très chaleureusement recommandé. Le relais fut donc pris.</p><p>Alor
 s, en 2022-2023, j’ai poursuivi ma formation d’ethnomusicologue avec mes no
 uveaux truchements, mobilisant à nouveau mon oreille et ma mémoire et multi
 pliant de nouvelles méthodes d’approche. Il s’est agi, pour moi (et pour la
  science bien sûr&nbsp;!) de mieux comprendre une musique qui, <em>by the w
 ay</em>, avait pas mal intrigué Bela Bartók en son temps.</p><p>Ce séminair
 e a donc une tonalité optimiste car, contrairement aux prévisions, au demeu
 rant assez récurrentes chez les ethnomusicologues, la musique de l’Oach n’e
 st pas morte. Mais, librement écrit, il est aussi épistémologique puisqu’il
  remet en question les méthodes et certains résultats acquis que l’on croya
 it solides. Tout cela pour arriver une fois encore à la question&nbsp;: com
 ment entendre une musique&nbsp;?&nbsp;et que dire sur elle de pas trop stup
 ide si l’on veut continuer à tenir notre place dans le champ des sciences h
 umaines&nbsp;?</p><p>***</p><p>Bernard Lortat-Jacob a été directeur de rech
 erche au&nbsp;CNRS&nbsp;et responsable du Laboratoire d’ethnomusicologie du
 &nbsp;Musée de l’Homme&nbsp;de&nbsp;Paris. Durant une quarantaine d’années,
  il s’est consacré à l'étude de musiques essentiellement rurales de la Médi
 terranée, à leurs champs de signification, à leur ancrage social et aux règ
 les qui les gouvernent, relevant de la stricte oralité.&nbsp;Durant plus de
  vingt ans (1987-2008), il a été responsable du doctorat d’ethnomusicologie
  à l’Université de Paris X-Nanterre-La Défense où il a ouvert sa discipline
  à des domaines corollaires (acoustique, linguistique et psychologie cognit
 ive). Sur ces bases théoriques, Bernard Lortat-Jacob a coordonné de nombreu
 ses publications couvrant des problématiques d’anthropologie et de musicolo
 gie générale</p>
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